La véritable nouveauté de la religion consiste en ce que le spirituel se globalise, s'unifie et assume les enjeux majeurs de l'existence : la vie, l'amour, la mort, l'espérance et la fidélité. De fait, alors que le spirituel peut être limité à tel secteur de notre expérience (par exemple, l'esthétique, le souci de la justice, l'espérance d'un monde meilleur), la religion rassemble les divers aspects de l'existence. C'est alors que Dieu peut prendre sens et présence. Il est lui-même une énergie spirituelle d'un ordre unique,... don mystérieux que les religions nomment le salut.
Les chrétiens confessent que cette énergie est amour pour les hommes, qu'elle a pris forme humaine en Jésus et qu'elle est désireuse d'entrer dans des rapports de relation interpersonnelle et d'alliance avec les humains dans leur ensemble.
Henri Bourgeois,
Modalités du spirituel, Catéchèse, n° 152, 1998.
Les temps changent, les sensibilités aussi.
RépondreSupprimerIl fut un temps où la religion était omniprésente, dans nos sociétés occidentales. Elle donnait forme à la vie, par les rites, sans toujours l'animer du dedans, tandis que le spirituel paraissait élitiste ou même évanescent, désincarné.
Aujourd'hui, la situation paraît s'être inversée. Le spirituel fait recette - sinon toujours les "écoles" de spiritualité - tandis que le religieux semble un peu en friche. La religion est comme déconsidérée, ou du moins marginalisée, et par son statut même, en miettes parfois. On tolère le culte, on gère à grand frais le patrimoine artistique et historique qu'elle a construit, mais on ne débat guère de la voie d'humanisation qu'elle constitue.
Tolérance, pluralisme, liberté de choix, sont les maîtres-mots. Mais non point apprentissage et éducation, en matière de religion. On prend un peu de religion à l'occasion, rite ou catéchisme, et on pense être quitte.
Or comment choisir ce qu'on ne connaît pas ? Et comment entrer dans une orientation de vie à laquelle on n'est pas initié ? Comment savoir même ce qu'on perd ainsi ? Le religieux est alors voué à la spontanéité, à l'émotion, personnelle ou collective, aux aléas de l'affectivité, mais il n'apparaît pas ou très peu comme un moyen ou lieu de culture possible et de révélation.
Seuls quelques adultes, bien peu, finalement, habités par une dynamique religieuse profonde se prêtent à de longs apprentissages, qu'ils soient d'initiation, de recommencement, ou d'engagement personnel. Et des positivistes notoires peuvent délivrer dans les médias leurs dogmes sur la "religion-survivance-inutile" sans être contredits.
Ce sont souvent les "autres" qui nous font percevoir cette anomalie. Les enfants, d'abord, souvent sages et visionnaires, les marginaux, parfois, et les navigateurs en psychologie profonde, sont nos maîtres en la matière. Pour eux la religion est une altérité intimement présente, et elle ne cesse de s'éveiller au langage et de quêter sa lumière.
Et ce que nous voyons aujourd'hui, ce sont les foules des jeunesses méditerranéennes et orientales soulevées par une incoercible aspiration à la liberté, pour elles liée à la culture. Or ce qu'elles affichent aussi, c'est leur détermination à donner place à la religion, dans une vie sociale démocratique réinventée, hors de tout fanatisme, despotisme ou obscurantisme. Puissent-elles y parvenir.
C'est une époque charnière pour l'humanité, décidément, celle que nous vivons.
Grain à moudre