mardi 10 mai 2011

Une déconstruction de l’acte de croire


Dans une conférence prononcée lors de l’inauguration du Musée Dauphinois, en 2000, Henri Bourgeois analysait ce qu’était l’acte de croire aujourd’hui, et aussi ses dérives, et mêmes ses transformations. Parmi celles-ci, il constatait l’existence de ce qu’il appelait « une déconstruction de l’acte de croire.

  

Une autre « modification qui peut paraître troublante n’est pas purement exceptionnelle. Je veux parler d’une déconstruction de l’acte de croire. Sa cohérence se défait, son souffle s’amenuise, sa capacité de confiance se rétracte, sa teneur en communication diminue. Les croyants qui sont dans ce cas ont l’impression de perdre ou d’avoir perdu la foi ou encore d’être en crise.

À quoi tient cet épisode (plus ou moins durable) ? Je lui reconnais, pour ma part, trois types de raisons ou de causes. Il y a d’abord une difficulté spirituelle, due à la déception ou à la fatigue dans le quotidien. Envisager alors une confiance en un message de salut, de liberté et de vérité devient étrange et assez extérieur aux valeurs et aux idéaux que l’on continue d’avoir. En deuxième lieu, la crise de la foi peut avoir pour motif son anémie, son mauvais entretien, sa carence en initiation. Enfin, croire perd son élan à cause d’un rapport ambigu avec la religion. Certains croyants, soucieux de ne pas confondre la foi et le religieux, souhaitent se passer de ce dernier ou bien en contestent certaines formes ou encore constatent et déplorent son inadaptation aux cultures contemporaines. Mais cette prise de distance, dont je n’ai pas à discuter le bien-fondé, les laisse démunis. Il leur faut assurer par eux-mêmes le support et l’entretien de leur foi. Ce qui n’est pas forcément très simple.»

Henri Bourgeois, « Ce que croire peut être aujourd’hui »

Dans Les millénaires de Dieu, Musée Dauphinois, Novembre 2000

1 commentaire:

  1. Il faut avouer que, pour certains, les causes de cette déconstruction ne sont pas chimériques.

    La déception devant tant de gâchis parfois, dans l’église, où l’on dirait que certains passent leur temps à défaire ce que d’autres ont fait.

    La fatigue certes, quand il faut tenir et longtemps, dans l’indifférence ambiante et la solitude qui en résulte. Les rassemblements médiatiques même peuvent alors paraître cultiver une ivresse un peu « décalée ».

    Une carence. H.B. cite le « mauvais entretien », un « manque d’initiation » (ne pas avoir pris le temps de faire le point, d’être introduit progressivement à la foi). On peut citer aussi la difficulté à surmonter la lassitude de la répétition, si l’on ne parvient pas à trouver du goût à l’Ecriture à la lecture spirituelle, à l’oraison et la prière. Et cette situation peut parfois paraître bien proche d'une nuit spirituelle.

    Le rapport ambigu au religieux. Ne pas avoir le goût des dévotions à tel ou tel saint, ou des rites, est assez fréquent, surtout s’ils ne sont pas accompagnés de vraie présence mutuelle, et si la participation à des assemblées ne permet pas de « rencontrer » et de « connaître ».... Ce n’est pas toujours la faute des « nouveaux » !

    Mais vouloir se passer de rite, des grands rites de la foi et de la vie, et des rites quotidiens, du geste, de la voix, de l’amitié, de la rencontre, risque de conduire à une certaine exténuation de la foi, parfois même une sorte de « mystique » séculière, ou tout simplement à l’agnosticisme.

    Qui peut dire que cela n’arrive pas ? Puissions-nous dire comme Paul, « j’ai gardé la foi », comme on garde quelque chose de précieux...
    Grain à moudre

    RépondreSupprimer